Des collégiennes en maraude citoyenne

Des collégiennes en maraude citoyenne

Il vient un temps où protester ne suffit plus ;
Après la philosophie, il faut l’action

Ensemble, comme chaque semaine, nous allons à la rencontre des plus démunis dans les rues de la ville.

La maraude citoyenne, c’est la responsabilisation de tout un chacun. Toutes celles et ceux qui participent ont conscience de leurs droits, mais aussi de leurs devoirs. Ainsi, selon nos moyens, nous prenons le temps de faire à manger, d’acheter différents objets et victuailles, par nos propres moyens, car il ne suffit pas de donner une pièce pour exercer sa citoyenneté et son humanité : il faut agir concrètement en donnant de son temps et de son coeur.

L’objectif premier est de venir en aide concrètement. Nous apportons café, thé, soupe chaude, sandwichs, pizzas : l’idée, c’est que chacune et chacun apporte un petit quelque chose, participe à la hauteur de ses moyens, ou quelque chose qu’il aura fait lui-même. Mais nous distribuons aussi des produits d’hygiène, des vêtements, des cartes avec des lieux utiles. Nous essayons surtout d’écouter, de parler, de rire : nous appelons ça la solidarité effective. Chacun apporte un peu de ce qu’il a et de ce qu’il est, et nous ne demandons à personne de financer notre actions.

Le second objectif, lié intimement au premier, est de consigner ce que nous faisons et les gens que nous aidons – très modestement : ainsi, nous réfléchissons, au sein de L’École des Savoirs, au pourquoi du regain énorme de la pauvreté extrême en France ; et nous y apportons des propositions globales.


La lutte contre l’indifférence de tous les jours est notre combat, l’éveil des consciences notre cause.

« Je préfère être homme à paradoxes, qu’être homme à préjugés », écrivait Rousseau. S’il vivait aujourd’hui, il serait à moitié comblé.

Question préjugés, il ne le serait pas. Ils ont le vent en poupe, et malgré l’unique époque que nous vivons, concernant l’accès au savoir et à l’information, les préjugés semblent faire partie de l’ADN : c’est une protection installée d’office.
Il n’y a pas de loi dans ce lit de Procuste qu’est l’Histoire, mais il y a des causes et des effets. Il semblerait que ceux-ci soient toujours produits par celles-là, et qu’importe les avertissements ! chacun n’en fait décidément qu’à sa tête. Malgré l’existence des bibliothèques, dans lesquelles on peut emprunter gratuitement des livres, des boutiques dans lesquelles les livres sont vendu 0,20 cents, des documentaires, de l’information contradictoire sur internet, les préjugés ne s’estompent pas. À chacun de s’émanciper de ses préjugés, à chaque génération un nouvel effort, ou un nouveau renoncement.

Question paradoxes, en revanche, Jean-Jacques serait comblé : les cimes sont atteintes.
Beaucoup de monde s’émeut – avec raison – du traitement réservé à certains animaux d’élevage, mais nombreux sont ceux qui durcissent leur coeur devant des femmes et des hommes qui dorment dehors et qui ont pour toute nourriture des invendus de boulangerie.
Beaucoup de monde rage – avec raison – devant la pollution et la destruction de l’éco-système, mais nombreux sont ceux qui, dans leur vie quotidienne, trop attachés à leur confort, détruisent proportionnellement plus leur planète, en faisant tourner une machine à laver pour laver trois sous-vêtements.
Beaucoup de monde s’indigne – avec raison – devant l’augmentation du prix de tel ou tel produit, mais nombreux sont ceux qui sont indifférents quant au fait que l’usine, basée en Asie, qui nous vend nos smartphones à vil prix, fasse installer des filets à suicide sur ses bâtiments pour augmenter la productivité de ses « salariés ».

Lorsqu’il y a défaillance morale du système, à chacune et à chacun d’agir.

Il ne s’agit pas de juger moralement les incohérences des uns et des autres, car nous sommes toutes et tous pétris de paradoxes, mais il s’agit de prendre conscience de ceux-ci, pour laisser un monde meilleur à ceux qui nous succèderont. Lorsqu’il y a défaillance morale du système, à chacune et à chacun d’agir.

Il tient à chacun, qu’importe le titre que l’on se donne – citoyen, consommateur, humain -, d’agir, de bousculer les mentalités, de donner de son temps. Car il faut bien comprendre que tout le monde a sa part de responsabilité dans ce système, et qu’en tout état de cause, plus la misère grandit, plus elle nous touche, plus elle nous accable, plus elle nous détruit.
Lorsque l’on se rend dans notre centre commercial du centre ville, nous voyons des sourires, des lumières, des étiquettes avec des prix élevés, des « flux » comme disent certains brillants esprits. Signes d’opulence ou signes de décadence, c’est selon. C’est l’étage supérieur.
Que l’on descende avec l’ascenseur, nous voilà dans le monde souterrain, que personne ne voit. Là, ce sont les pleurs et les grincement de dents, un monde avec des règles différentes, dans lequel la froideur, la misère, la dureté règnent. À côté des parkings, tout un monde existe, survit. Misère matérielle va de pair avec misère spirituelle. L’espoir a fuit, ne pouvant gagner le combat contre l’indifférence. C’est l’étage inférieur.
Que l’on descende encore, et alors, « vous qui entrez ici, laissez toute espérance ». Là, c’est pourquoi nous achetons des produits à vil prix. Ici, c’est le travail forcé des enfants, les filets à suicide, l’espérance de vie et la vie d’un esclave antique. C’est l’étage « enfer ».
Tous cet édifice est en fait un bloc : on ne peut pas comprendre le haut sans considérer le bas…

Nous sommes fiers et heureux lorsque des futurs citoyens, en l’occurence des collégiens, s’engagent avec nous dans des actions de solidarité.

« Ça ne devrait pas durer, mais ça durera toujours. Le toujours humain, évidemment… »
Nous n’écrivons pas ces lignes pour nous lamenter. Nous faisons part de ce que nous voyons chaque semaine pendant nos maraudes citoyennes , des anomalies sociales, des paradoxes humains. Mais surtout, nous écrivons, en parallèle de nos actions, pour éveiller les consciences : ceux qui exploitent la planète sont ceux là même qui exploitent l’Homme, qui le réduisent à la pire des conditions. Nous ne pouvons pas accepter cela, et en agissant, modestement, chacun en tant que citoyen, puis tous, ensemble, nous pouvons changer le monde. Rien n’est écrit à l’avance, et personne ne peut dire ce que sera demain, sinon celles et ceux qui écrivent le livre de l’histoire de l’homme. La seule encre de ce livre, c’est l’action concrète.

C’est la raison pour laquelle nous sommes fiers et heureux lorsque des futurs citoyens, en l’occurence des collégiens, s’engagent avec nous dans des actions de solidarité. La citoyenneté, c’est un fil rouge qui nous unit toutes et tous, malgré la différence de nos modes de vie, de nos croyances, de nos couleurs de peau. Nous appartenons à la même communauté, car nous croyons dans le même idéal de justice et de paix. Nous avons les mêmes droits.

Mais nous avons aussi les mêmes devoirs, et l’un de ces devoirs, c’est le devoir de solidarité vis-à-vis de nos semblables.

Lorsque des jeunes collégiennes et collégiens, qui seront donc bientôt des citoyennes et des citoyens, viennent avec nous en maraude à la rencontre des plus démunis, nous sommes fiers certes, mais nous nous sentons un devoir moral. Ce devoir, c’est de montrer par le concret ce que produit aussi notre monde, et que celui-ci ne veut pas que l’on voit. C’est de montrer que beaucoup n’ont pas eu autant de chance que nous, en terme de matériel certes, mais aussi en terme spirituel, c’est-à-dire qu’il faut de la force d’âme, du courage et de la foi pour lutter dans cette vie, et qu’à certains moments, il est compréhensible de lâcher. Et là, commence la descente aux enfers, avec ses tentations, ses pièges, ses Orphée camouflés et conscients de la grande difficulté de ramener quelqu’un à la surface.
À nous d’être là pour aider, écouter, conseiller. De façon concrète.

Être citoyen, c’est comprendre que le monde qui nous entoure n’est pas né d’hier, que des structures lourdes le font tenir et le font chavirer des fois, qu’il est composé d’êtres faits de chair et de sang, faillibles, faibles parfois. Ce devoir permet de faire comprendre ceci : quand la communauté dans laquelle j’évolue ne laisse personne sur le bord du chemin, alors véritablement mon bonheur peut être entier et mon humanité peut être complète.

Car il n’y a pas de citoyenneté ni de vivre ensemble, sans solidarité, sans fraternité, sans apprentissage.

Il convient donc de sensibiliser dès le plus jeunes âge à la problématique de la grande misère, des conditions, pour que la génération qui arrive soit plus solidaire et évite le mieux possible de laisser tomber des personnes dans les enfers. Mais une fois cela arrivé, il faut également une société des hommes qui n’accepte pas l’indifférence, qui se bat pour que chacun ait droit à de la dignité et au minimum vital de confort matériel, sans lesquels il n’y a aucune réflexion spirituelle et intellectuelle possibles.

Car il n’y a pas de citoyenneté ni de vivre ensemble, sans solidarité, sans fraternité, sans apprentissage.
Ce n’est pas inné, ces sentiments-là se cultivent dans l’âme de chacun, depuis le berceau.
Pour autant, s’il y a défaillance de certains dirigeants et de certains esprits, nous ne défaillirons pas. Les valeurs d’amour, de grandeur, d’universalité, sont en chacun de nous. Et ces valeurs ne vont pas sans une exigence morale et concrète de tous les instants.

C’est la raison pour laquelle nous disons :

« À une loi injuste, nul n’est tenu d’obéir ».
À la loi de l’indifférence et de profit-à-tout-prix de notre société, présentée par certains comme inévitable, qui nie notre état même d’être humain et de citoyen, nous opposons la loi de grandeur d’âme et d’amour, loi inexorable, inscrite au fond de nos coeurs et de nos âmes, qui crie contre l’injustice, qui se bat pour faire triompher la vérité, qui agit pour un monde meilleur.

Thierry

À noter  : nous avons eu le plaisir de faire cette maraude avec des jeunes collégiennes, du collège de l’Assomption, qui se sont comportées admirablement. La valeur n’attend point le nombre des années, elle est aussi aveugle concernant le sexe, la couleur de peau, ou tout autre forme de différence. Belle leçon de ces jeunes filles venues spontanément en maraude citoyenne, merci à elles, ainsi qu’aux parents accompagnants et aux membres de l’établissement. Cela compte beaucoup pour nous que d’être soutenus par nos concitoyens d’une manière aussi concrète.

L’équipe de Jeunesse S’engage : Léa, Eleonore, Thalia, Edwige, Marianne, Victoire, Maria, Jérôme, Suzi, Marc, Virginie, Florian, Ombeline, Marguerite, Flore, Valentin, Philippine, Olivier, Thierry.
Pour les dons de vêtements, nous remercions chaleureusement Ludovic, Perrine, Séverine, Nora, Sylvie, Erwan, Mathilde, Émilie, Farid, Sandrine, Élisabeth, Dominique, Nafissa, Marie, Guillaume.
Pour les dons de produits hygiéniques, nous remercions chaleureusement tous les généreux donateurs qui, par leur contribution lors de notre collecte du 8 mars à l’occasion de la Journée internationale des droits des Femmes, témoignent d’une solidarité concrète.

Résolument, semaine après semaine nous agissons, car nous disons « qu’après la philosophie, il faut l’Action »

Pour aller plus loin :

La maraude citoyenne

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La maraude citoyenne en photo

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