Maraude citoyenne – L’enchantement n’a pas de prix [Montpellier]

Maraude citoyenne – L’enchantement n’a pas de prix [Montpellier]

Il vient un temps où protester ne suffit plus ;
Après la philosophie, il faut l’action

Face à l’indifférence croissante de notre société et face à un monde qui se dit désillusionné, nous avons décidé d’agir. La citoyenneté, c’est avant tout veiller les uns sur les autre, car nous appartenons toutes et tous à la même communauté.

Ensemble, en tant que citoyens, les membres de Jeunesse S’engage vont à la rencontre des plus démunis, dans les rues du centre ville.

En proposant une boisson chaude, de la nourriture, des vêtements, mais aussi des adresses utiles et de la chaleur humaine ; en renouant la chaîne de la solidarité entre humains, modestement, nous voulons éveiller les consciences, et agir concrètement en aidant du mieux possible.

L’objectif premier est de venir en aide concrètement. Nous apportons café, thé, soupe chaude, sandwichs, pizzas : l’idée, c’est que chacune et chacun apporte un petit quelque chose, participe à la hauteur de ses moyens, ou quelque chose qu’il aura fait lui-même. Mais nous distribuons aussi des produits d’hygiène, des vêtements, des cartes avec des lieux utiles. Nous essayons surtout d’écouter, de parler, de rire : nous appelons ça la solidarité effective. Chacun apporte un peu de ce qu’il a et de ce qu’il est, et nous ne demandons à personne de financer notre actions.

Le second objectif, lié intimement au premier, est de consigner ce que nous faisons et les gens que nous aidons – très modestement : ainsi, nous réfléchissons, au sein de L’École des Savoirs, au pourquoi du regain énorme de la pauvreté extrême en France ; et nous y apportons des propositions globales. Le but est également de créer et de mettre en place des processus permettant à des personnes, rencontrées dans nos rues, d’en sortir.


Car la citoyenneté, c’est avant tout veiller sur les autres, nous agissons de façon régulière chaque semaine, non pas par l’assistanat, mais par l’entraide et la solidarité.

Témoignage de maraudeur

«  L’enchantement n’a pas de prix »

La Grande Dame des rues

 

 

Début de soirée sur la place de la Comédie. Des étudiants la traversent, protégés du sol par quelques centimètres de caoutchouc. Des manifestants kurdes l’occupent comme ils peuvent, c’est-à-dire peu. Des hommes et des femmes se croisent, se regardent ou se toisent. A Montpellier, ce soir, le ciel ne pleure pas.

Les regards du premier groupe de la maraude de Jeunesse S’engage rencontrent ceux du second. De l’amour à partager. Vite. Des questions. Des sourires. Des pensées. On se racontera bientôt les personnages ou les obstacles, les situations et les larmes oubliées. Elles le sont trop. L’enfermement du malheur a ses raisons. On discute un peu et on se serre pour la photo. Cliché.

Un mercredi soir donc. Anthony m’avait dit « est-ce que tu veux ». Alors pourquoi pas. Des sacs et des sourires. Tout c’que j’ai. Tout c’que j’aime. Première, deuxième, et troisième maraude. S’assoir sur du bitume. Ecouter ceux qui perdent. Ecouter ceux qui savent. Laisser grimper en soi l’envie de tout casser. Et l’observer. Brûler des immeubles. Tuer les méchants. Et leur rire à la gueule. Ca monte. La tête des énarques. Mon urine dessus. Et leurs rires noyés. Arrêter de penser. Laisser les yeux s’exprimer. Ils dorment dehors. Et ils sont beaux, putain. Les traits tirés par les marionnettistes. La bouche trop sèche. Le regard fermé. Et le cœur ouvert. La Publicité qui habille la devanture d’un magasin de vêtement m’emprunte un rire. Sauvagerie naïve des modèles humains, violence sans nom. Et le sage dort dans la rue. Proche des pas de ceux qui volent à la nuit dans l’espoir de gagner du temps. Proche des gouttes qui embrassent le bitume avant de rejoindre les caniveaux. Proche du froid qui s’installe. Proche des odeurs qui s’imprègnent. Proche du monde. Et tellement seul.

Il reste de la soupe. Est-ce que tu peux me faire passer un gobelet. Voilà. Attention c’est chaud. Le genre de phrase qu’on entend différemment lorsqu’on ne sent plus ses doigts de pieds. En haut des escaliers, mon appartement, là où les choses auxquelles on fait « attention » sont des portes, des robinets ou une télécommande. En bas, la rue, là où les choses auxquelles on fait « attention » sont des policiers, des pertes de sang ou des pénuries de nourriture. 3 étages. Et un monde. Un vrai. Un grand. Mais 3 étages. Il suffit parfois de les descendre.

La première chose, c’est de comprendre qu’on ne changera rien. J’espère que Thierry ne s’étouffe pas dans son café en lisant la phrase. Nous sommes des grains de sables. Vraiment. On peut prendre un rien pour du vide, de la poussière ou une poignée de quelque chose. On peut considérer que rien n’est rien, et qu’alors, rien c’est déjà un peu. D’accord, va pour le « un peu ». Thierry reprend peut-être son café.

La première chose, c’est de comprendre qu’on ne changera qu’un peu. Mais la formulation de la phrase prête à confusion. Et confusion ne rend pas. Pour dire vrai, on changera beaucoup. Nous même. Et on ne changera pas beaucoup. Le monde. Alors on accepte notre impuissance. On s’écrase. On se met à disposition. On écoute.

On s’est rejoint à 18h30. Chacun avait apporté quelque chose. On discute. On sourit. Prêt à ne changer qu’un tout petit peu le monde, ensemble. Maxime explique. Deux groupes. Et nous partons.

Rue de la Loge. Le comble. Sandwich, biscuits, jus d’orange, mouchoirs, brosse à dent, café, soupe, fromage. Si le cœur y est, nos paroles sont parfois gauches. Gardez-en un peu pour demain. J’ai pas la place dans mon sac, frère. Demain. Nous, on peut parler de demain. En toute impunité. Mais pour eux pas de place. Parce qu’il faudra bouger lorsque la police demandera d’aller plus loin. Donc demain s’évapore. On mange aujourd’hui. Et puis on ferme ses paupières sur les lumières de la ville. En espérant que la journée qui commence par le bruit d’une nuit qui se tait bruyamment apporte son lot de bonnes surprises.

Les larmes d’Alexandre coulent en moi. Des larmes de bonheur. Juste parce qu’on était là. Juste parce qu’on l’a écouté. Chloë et moi. Quelques minutes. Presque rien.

Depuis les maraudes, je regarde beaucoup le comportement des gens face aux sans-abris. Les gens en ont peur. Vraiment. Ils n’osent parfois même pas les regarder. Trop risqué. On pourrait croiser la souffrance, rencontrer le malheur du bout de ses pupilles ; évitons-les. Alors il faut arrêter ceux qui font du bruit. Il faut menotter ceux qui tentent de se faire voir, et qui du coup y arrivent.

Un mendiant montpelliérain avait écrit sur le petit bout de carton qui était posé devant lui « En fait, c’est nul d’être invisible ». J’aurais pu écrire mille pages. Elles n’auraient pas valu cette phrase. Invisible. Alors c’est donc ça. Nos sourires. Notre sensation d’être nouveau, à 20h30, place de la Comédie. La plénitude qui nous envahit après avoir donné un peu de temps et de nourriture aux sans-abris qui ont eu la chance d’avoir été sur notre chemin. C’est juste que c’est magique. Rendre l’invisible visible. Du bout de ma baguette de pain, sorcier des rues, je réalise l’impossible. Pendant quelques minutes, les invisibles peuvent parler de leur vie, de leurs problèmes, de leurs projets, de leurs envies. Ils apparaissent. Et puis, trop vite, l’heure tourne. Après 2 heures au contact du réel, rejoindre la place de la Comédie. Le comble. Les mots s’échangent mais ne veulent rien dire. Ou presque. Comblés.

Va pour les adieux, les mains qui se serrent, les joues qui se frôlent et les pas qui passent et qui partent. Le chemin du retour. Kebab à emporter. Boisson. Frites. Sauce blanche. Ipod. Immeuble. Ascenseur. Bip. Porte. Douche. Chaude. Ordinateur. Livre. Lit. Couette. Oreillers. Obscurité. Rêves.

Cette nuit, les larmes d’Alexandre coulent en moi.

Invisibles.

Et pourtant là.

Simon Bosio

Comme chaque semaine, de façon citoyenne, avec nos propres moyens, nous sommes allés dans des squats que nous avons l’habitude de visiter, dans lesquels nos concitoyens survivent, et nous avons également parcouru les rues du centre ville. Nous avons pu distribuer des dons de vêtements faits par de généreux donateurs : chaussettes, couvertures chaudes, parkas, pulls.
Nous avons distribué des sandwichs, de la salade de riz, des gâteaux, du café, de la bonne soupe chaude, et nous avons bien ri, tous ensemble.
Nous avons distribué un certain nombre d’informations utiles, concernant la ville de Montpellier, certaines structures d’hébergement d’urgence.

L’équipe de Jeunesse S’engage : Gaël, Nadège, Romain, Simon, Thibault, Maxime, Guilhem, Morgane, Anthony, Morgan, Adrien, Maïssa, Chloé, Dylan, Serraline, Mariam, Maxime, Thierry.

Pour les dons de vêtements, nous remercions chaleureusement Ludovic, Perrine, Séverine, Nora, Sylvie, Erwan, Mathilde, Émilie, Farid, Sandrine, Élisabeth, Dominique, Nafissa, Marie, Guillaume.

Pour les dons de produits hygiéniques, nous remercions chaleureusement tous les généreux donateurs qui, par leur contribution lors de notre collecte du 8 mars à l’occasion de la Journée internationale des droits des Femmes, témoignent d’une solidarité concrète.

Résolument, semaine après semaine nous agissons, car nous disons qu’« après la philosophie, il faut l’Action »

Pour aller plus loin :

En savoir plus

Personnes à contacter
Responsables Maraude citoyenne
Marguerite – 0777361854 – marguerite.dandlau@hotmail.fr
Maxime – 0663460351 – maximemoreno63@gmail.com

La maraude citoyenne

Je participe

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La maraude citoyenne en photo

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