Maraude citoyenne – «Rester immobile ne sert à rien. Il faut choisir entre progresser ou régresser. Allons donc de l’avant et le sourire aux lèvres» [Montpellier]

Maraude citoyenne – «Rester immobile ne sert à rien. Il faut choisir entre progresser ou régresser. Allons donc de l’avant et le sourire aux lèvres» [Montpellier]

Il vient un temps où protester ne suffit plus ;
Après la philosophie, il faut l’action

Face à l’indifférence croissante de notre société et face à un monde qui se dit désillusionné, nous avons décidé d’agir. La citoyenneté, c’est avant tout veiller les uns sur les autre, car nous appartenons toutes et tous à la même communauté.

Ensemble, en tant que citoyens, les membres de Jeunesse S’engage vont à la rencontre des plus démunis, dans les rues du centre ville. Deux maraudes ont été faites cette semaine, mercredi et jeudi.

En proposant une boisson chaude, de la nourriture, des vêtements, mais aussi des adresses utiles et de la chaleur humaine ; en renouant la chaîne de la solidarité entre humains, modestement, nous voulons éveiller les consciences, et agir concrètement en aidant du mieux possible.

L’objectif premier est de venir en aide concrètement. Nous apportons café, thé, soupe chaude, sandwichs, pizzas : l’idée, c’est que chacune et chacun apporte un petit quelque chose, participe à la hauteur de ses moyens, ou quelque chose qu’il aura fait lui-même. Mais nous distribuons aussi des produits d’hygiène, des vêtements, des cartes avec des lieux utiles. Nous essayons surtout d’écouter, de parler, de rire : nous appelons ça la solidarité effective. Chacun apporte un peu de ce qu’il a et de ce qu’il est, et nous ne demandons à personne de financer notre actions.

Le second objectif, lié intimement au premier, est de consigner ce que nous faisons et les gens que nous aidons – très modestement : ainsi, nous réfléchissons, au sein de L’École des Savoirs, au pourquoi du regain énorme de la pauvreté extrême en France ; et nous y apportons des propositions globales. Le but est également de créer et de mettre en place des processus permettant à des personnes, rencontrées dans nos rues, d’en sortir.


Car la citoyenneté, c’est avant tout veiller sur les autres, nous agissons de façon régulière chaque semaine, non pas par l’assistanat, mais par l’entraide et la solidarité.

Témoignages de maraudeurs

1er Décembre.

En pleine analyse de la particularité de celui-ci. Pourtant un premier et un décembre associé m’inspire plus l’idée de tradition. La froideur de l’hiver a coutume de s’installer à cette époque de l’année. Du moins, ai-je toujours connu celle-ci.

J’y pensais ce matin, en attendant mon bus, au sortir d’un chez moi confortable. Dans les pays baltes à cette période de l’année, il y a deux ans, j’avais froid. Même à Nantes, traditionnellement, j’ai froid. Pourtant ce matin, non. J’avais presque chaud entre mon écharpe lettone, mon bonnet madrilène et mon manteau résonnant. Je dis résonnant parce qu’il a pris l’habitude de sonner à chaque entrée et sortie de magasin, depuis que ma mère m’en a fait l’offrande toute relative, avant mon arrivée à Montpellier ; autant vous dire que si celui-ci n’est pas passé par la case achat le jour où elle en a fait l’acquisition, je n’en serais pas étonnée. Bref : Ce matin il ne faisait pas froid. Mon manteau emprunté et moi étions en direction de la faculté, chargés d’un milliard de réflexion, comme de coutume.

Un 1er Décembre sans particularité. Un 1er Décembre sans entrain.

Ce matin j’ai le regard emprunté de la jeune fille dépressive. Je n’ai pas foncièrement envie d’être là, je sais que le cours auquel j’assiste n’a pas grand intérêt. Je m’ennuie. Je divague. Très vite il est quinze heures, et je prends la plume.

Je commence à écrire sur les maraudes. J’y participe depuis Octobre. A l’origine, je voulais provoquer un regard, un échange interdit. Interdit car toujours évité. Oui sans vous mentir : les mendiants, je ne les regardais pas. Je ne m’arrêtais jamais. Question d’éducation. Putain quelle éducation de merde ! J’en veux tellement à mon paternel (que j’aime énormément par ailleurs) de m’avoir toujours imposé sa méfiance. « N’accepte jamais rien d’un inconnu », « ne donne jamais d’argent », « passe ton chemin au contact de… ». Depuis que j’ai gagné mon indépendance, je lutte pour m’échapper de cette vision du monde imposée, empruntée.

D’un emprunt de manteau à un emprunt de vision. La nécessité de se dépêtrer de tout ça. De faire voler ces œillères. Je ne suis pas de ces chevaux qui avancent et consentent. Je n’emprunterais pas à long terme cette vision qui n’est pas la mienne et qui me bouffe. Je préfère m’alimenter à la vie que d’être dévorée par leur méfiance maladive. Je préfère avoir les yeux bien ouverts face à cette misère qui est la leur, plutôt que de me les coudre sans réfléchir.

Il est donc quinze heures, je noircie une feuille à mélanger mon expérience de maraude et mon expérience de vie récente. Les phrases s’enchainent sans filtres. Pourtant je sens que je n’approche pas la vérité. C’est que je créée des corrélations qui n’en sont pas. J’ai un toit. Une vie d’étudiante bien installée. Dehors, c’est autre chose. Ça m’avait frappé lors de ces premières rencontres automnales, et c’est resté depuis. Pour moi, ce ne sont pas deux mondes différents. Ni deux réalités parallèles. Certainement pas non plus des insérés faisant face à des exclus. Non, nous sommes bien en France, nous partageons bien le même espace temporel. C’est néanmoins autre chose de vivre dans la rue. Concrètement on a des préoccupations divergentes, des visions politiques, sociales différentes quand on se couche sans plafond. Mais non, je n’emprunterais pas le terme d’exclus, je me refuse à parler de réalités différentes, et j’emmerde tous ceux qui me dirons que ça ne sert à rien de prendre du temps pour rencontrer ces âmes, qui à mes yeux ont autant d’intérêt que celles qui les ignorent.

Un 1er Décembre sans particularité ? Un 1er Décembre sans entrain ?

Fin de journée. Comme un besoin de s’aérer l’esprit, souffler un bon coup. Reprendre des forces pour en donner d’avantage lors de la maraude. Les dix-huit heures trente arrivent. Tout est prêt. Et mon entrain dans tout ça ? Première rencontre. Si, il est là. Je ne l’ai pas perdu. Seulement s’était-il caché sous une vague de revendications futiles de mon esprit, de considération grotesque sur les enjeux du monde social. Je redécouvre ces instants furtifs où l’on offre sans attentes matérielles en retour. Où peu importe ce que l’on offre au fond, on s’arrête, et on tente de prendre juste le temps. Le temps juste.

La ville est lumineuse ce soir. Du moins, c’est le titre qu’elle s’est donnée. Place de la préfecture, la foule est oppressante. Une jeune femme est allongée entre deux distributeurs de banque, tremblotante. Les garçons du groupe s’arrêtent. Je reste quelque peu à l’égard. J’ai le sentiment que ce n’est pas le bon moment. Son copain est au-dessus d’elle, essayant de la rassurer. Nous prenons place, accroupis autour d’elle.

Je finis par comprendre ce qu’il lui arrive. Elle s’est fait avaler par une foule aveugle.

Constat cruel en France aujourd’hui, faisant que vivre dans la rue équivaut à revêtir une cape d’invisibilité. Or en ce 1er Décembre, la masse est de sortie, pour admirer les luminosités offertes par la municipalité. Les personnes installées dans les coins de rue, la masse ne les voit pas. Seule la lumière compte. L’obscurité, elle n’y prête pas d’attention. Et si on ajoute, malgré tout mon relativisme sur le ressenti des températures hivernales, le fait que ce soir, il fasse froid: on comprend le sentiment d’oppression qui fait frémir un corps puissance dix milles.

Ce soir, le couple a perdu une grande partie de ses affaires. Ils vivent dans la rue depuis peu, et espèrent en sortir dans quelques semaines. En attendant je sens du désespoir. Chez elle, surtout. Elle nous demande dans un sourire, permis par le filon de forces qui lui restent, pour quelle association nous sommes bénévoles. Elle s’intéresse à nos études.

Alors, elle a cette remarque terrifiante sur le fait que nous sommes des gens bien. Terrifiante dis-je, car elle oppose ses préoccupations du moment aux nôtres. Elle nous parle de ces futurs enfants, estimant qu’elle n’aura rien de bien à leur raconter sur elle. Qu’elle aimerait s’investir (comme nous) pour les autres mais qu’elle ne le fait pas. Puis elle me tend la main. Je lui attrape bien volontiers. Nous lui avons donné des vêtements, une boisson chaude et un peu de notre chaleur humaine. En me prenant la main, elle me montre une forme de reconnaissance. Gênante. Pour moi en tout cas. Je n’attends aucune reconnaissance de personne lorsque je participe à une maraude.

Comme elle me tend la main, je me sens de lui dire ce que j’ai sur le cœur. Je me sens de lui donner un interdit, comme si nous nous connaissions. Je sens qu’elle a besoin de l’entendre. « Etre dans la rue ne fait pas de toi une mauvaise personne ». Et d’enchaîner sur la futilité des mots, mais la sincérité de leur formulation. Nous nous sommes quittées peu après. Elle avait arrêté de frissonner.

C’était une rencontre entre deux jeunes femmes aux préoccupations antagonistes. Deux visions désorientées sur la vie, pour une poignée de main chaleureuse, agrémentée d’une touche d’espoir. Deux âmes qui s’endormiront peut-être ce soir avec une image restaurée d’elle-même.

Pendant que j’écrivais, minuit a sonné : la fin d’un 1er Décembre particulier.

Il est 18 heures 30 à l’Espace Martin Luther King. Derniers arrivés, tous les maraudeurs sont là. Nous sommes 11 ce soir à vouloir rendre visible l’invisible.

Une fois les présentations faites, il est temps de quitter le local. Les mains chargées de sacs remplis de denrées, les deux groupes de maraudeurs se séparent. Le premier se dirige vers la rue de la Loge tandis que nous prenons le chemin de la gare. Sur l’Esplanade, les chalets du marché de Noël sont déjà installés. Les fêtes approchent, et le froid avec. Pour les sans-abris, la période est moins réjouissante que pour nous.

Sur notre chemin, nous croisons la route de Laurent et Ricardo. On se sert la main, on échange quelques mots et la discussion vire au cours de cuisine. De la tartiflette à la quenelle, nous sommes tous désormais des maîtres de la casserole. Comme quoi, pendant la maraude, on reçoit souvent plus que l’on ne donne. Ils nous remercient, nous également. Le rendez-vous est pris pour une fondue.

Un peu plus loin, nous rencontrons un jeune homme emmitouflé dans son manteau. Nous lui proposons de quoi manger. Gaston, « son collègue », nous rejoint. C’est un musicien de la débrouille, il crée des instruments à partir de tout ce qu’il trouve dans la rue. On reste discuter un moment. C’est surement ce moment de partage et d’échange qui fait revenir les maraudeurs chaque semaine, pour ma part c’est ma cinquième maraude. On ne peut pas sauver le monde, mais comme le répètent Maxime et Marguerite, ce que l’on fait avec Jeunesse S’engage « ce n’est pas anodin ».

Morgane B.

1er décembre, le froid arrive sur Montpellier.

1er décembre, on se rapproche des fêtes, les rues sont illuminées, les magasins décorent leurs vitrines, le marché de Noël débute, il y a de la joie sur les visages, dans notre classe nous avons même entamé le calendrier de l’Avent !

Mais 1er décembre, le froid ne fait que commencer, et il va durer. La joie d’être dans une période de fête nous ferait presque oublier que nous n’avons pas tous la même chance…presque !

Pour le 3ème jeudi d’affilé, nous prenons les vêtements que nous avons récoltés lors de la semaine de la solidarité, nos thermos d’eau chaude et de soupe, le thé et le café, et nous partons à la rencontre des sans-abris, eux pour qui décembre rime plus avec froid qu’avec fête.

Ce soir, place de la Préfecture, tout le monde se régale devant les illuminations du cirque lumière projeté sur le monument de la Préfecture. Personne ne se rend compte que là, devant le distributeur, un couple est assis. Tout le monde passe, tout le monde voie la beauté des illuminations, sans voir ce qu’il y a dans l’ombre. J’avoue moi-même ne pas les avoir vu tout de suite, mais heureusement d’autres si et le groupe s’approche d’eux. La femme est tétanisé, de voir toutes ces paires de jambes passer, qui butent dans leurs affaires sans même un regard… nous tentons de lui apporter le peu de chaleur que nous avons, un manteau, un thé, quelques paroles de réconfort… Elle a l’air d’aller mieux, et c’est en se serrant chaleureusement la main que nous nous quittons, sur un «merci» de leur part, avec un regard plein de gratitude… j’espère l’avoir aidé.

Plus loin nous nous rendons compte que nous rencontrons beaucoup moins de sans-abris qu’à l’accoutumé…la police qui bloque les rues pour les illuminations a du faire le ménage… La place de l’Observatoire est pleine de petits stands du marché de Noël !

Nous continuons vers la gare, là encore la police a dû faire le ménage. En face de la gare, à la place des sans-abris habituels, un vendeur de crêpes, gaufres, et autres…

Nous remontons vers la Comédie et rencontrons un petit groupe avec qui nous discutons pas mal de temps. Nous distribuons quelques vêtements, on fait des essayages, tout ne correspond pas. On distribue à boire, et on discute.

Nous discutons avec un ancien compagnon du devoir dans le bâtiment. Tombé d’un toit, il ne peut plus exercer, et ne touche que le RSA, sans droit à un logement. Cela paraît si injuste… Il a un discours assez tranché, et assez dur sur l’aide apporté aux migrants, par rapport à l’aide apportée aux français. J’ai beau ne pas partager son avis, et préférer ne pas opposer toutes les personnes qui sont dans le besoin, je ne peux que comprendre son point de vue, après 3 ans dans la rue alors qu’il avait un travail pour lequel il était reconnu, qui suis-je pour juger ? Il est facile de ne pas voir le mal partout et de ne pas opposer les gens quand on a un toit, qu’on poursuit des études, qu’on a une famille et des amis…

Je ressors de cette maraude beaucoup plus mitigée que des précédentes… malgré tous les merci que nous avons, est-ce suffisant ? Bien sûr que non, mais puis-je faire plus ? Je ne sais pas.

Plus les histoires sont dures, plus il est difficile de se sentir légitime, plus le froid arrive, plus il est difficile de ne pas se remettre en question. Ce soir je distribue des vêtements, je discute avec ces personnes, mais ça m’empêchera pas de passer à toute vitesse devant eux demain, parce-que une fois de plus je serai en retard.

Je suis bien sûr contente d’avoir participé à cette maraude, et je continuerai, il vaut mieux faire un peu que de ne rien faire. Cela me réchauffe toujours le cœur de discuter et de partager un moment avec des personnes qui apprécient notre présence, ou juste notre café. Ces histoires ne sont pas si uniques que ça, il est bon de ne pas se leurrer et de ne pas faire l’autruche. Ces maraudes peuvent autant montrer la misère du monde que donner foi en l’humanité ! Nous n’étions pas le seul groupe à marauder, les gens sont présents et se mobilisent, des choses sont faites pour essayer d’améliorer le monde dans lequel nous vivons. Et même si parfois nous pouvons perdre espoir, il faut toujours se relever en regardant les choses qui sont faites, et celles qui restent à faire mais toujours avec la ferme conviction qu’un jour ça sera fait, qu’il y aura toujours des hommes et des femmes pour se mobiliser et tenter de réparer, à son échelle, les injustices.

«Rester immobile ne sert à rien. Il faut choisir entre progresser ou régresser. Allons donc de l’avant et le sourire aux lèvres», Baden Powell.

Maguelone

Comme chaque semaine, de façon citoyenne, avec nos propres moyens, nous sommes allés dans des squats que nous avons l’habitude de visiter, dans lesquels nos concitoyens survivent, et nous avons également parcouru les rues du centre ville. Nous avons pu distribuer des dons de vêtements faits par de généreux donateurs : chaussettes, couvertures chaudes, parkas, pulls.
Nous avons distribué des sandwichs, de la salade de riz, des gâteaux, du café, de la bonne soupe chaude, et nous avons bien ri, tous ensemble.
Nous avons distribué un certain nombre d’informations utiles, concernant la ville de Montpellier, certaines structures d’hébergement d’urgence.

L’équipe de Jeunesse S’engage : Lucas, Marie, Dylan, Morgane, Guilhem, Mariam, Thibault, Léna, Mathis, Damien, Anna, Camille, Julien, Fanny, Marguerite, Maxime, Anthony, Robin, Lena, Chloë, Clara, Pauline, Juliette, Maguelone, Nadège, Zélia, Fabien, Lana, Alessia, Roger, Simon

Pour les dons de vêtements, nous remercions chaleureusement Ludovic, Perrine, Séverine, Nora, Sylvie, Erwan, Mathilde, Émilie, Farid, Sandrine, Élisabeth, Dominique, Nafissa, Marie, Guillaume.

Pour les dons de produits hygiéniques, nous remercions chaleureusement tous les généreux donateurs qui, par leur contribution lors de notre collecte du 8 mars à l’occasion de la Journée internationale des droits des Femmes, témoignent d’une solidarité concrète.

Résolument, semaine après semaine nous agissons, car nous disons qu’« après la philosophie, il faut l’Action »

Pour aller plus loin :

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Personnes à contacter
Responsables Maraude citoyenne
Marguerite et Maxime – maraude.jeunessesengage@gmail.com – 07.69.15.03.30

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