Maraude citoyenne – « De toute façon, on aura Thatcher au masculin ou la nièce de Hitler, alors… » [Montpellier]

Maraude citoyenne – « De toute façon, on aura Thatcher au masculin ou la nièce de Hitler, alors… » [Montpellier]

Il vient un temps où protester ne suffit plus ;
Après la philosophie, il faut l’action

Face à l’indifférence croissante de notre société et face à un monde qui se dit désillusionné, nous avons décidé d’agir. La citoyenneté, c’est avant tout veiller les uns sur les autre, car nous appartenons toutes et tous à la même communauté.

Ensemble, en tant que citoyens, les membres de Jeunesse S’engage vont à la rencontre des plus démunis, dans les rues du centre ville. Deux maraudes ont été faites cette semaine, mercredi et jeudi.

En proposant une boisson chaude, de la nourriture, des vêtements, mais aussi des adresses utiles et de la chaleur humaine ; en renouant la chaîne de la solidarité entre humains, modestement, nous voulons éveiller les consciences, et agir concrètement en aidant du mieux possible.

L’objectif premier est de venir en aide concrètement. Nous apportons café, thé, soupe chaude, sandwichs, pizzas : l’idée, c’est que chacune et chacun apporte un petit quelque chose, participe à la hauteur de ses moyens, ou quelque chose qu’il aura fait lui-même. Mais nous distribuons aussi des produits d’hygiène, des vêtements, des cartes avec des lieux utiles. Nous essayons surtout d’écouter, de parler, de rire : nous appelons ça la solidarité effective. Chacun apporte un peu de ce qu’il a et de ce qu’il est, et nous ne demandons à personne de financer notre actions.

Le second objectif, lié intimement au premier, est de consigner ce que nous faisons et les gens que nous aidons – très modestement : ainsi, nous réfléchissons, au sein de L’École des Savoirs, au pourquoi du regain énorme de la pauvreté extrême en France ; et nous y apportons des propositions globales. Le but est également de créer et de mettre en place des processus permettant à des personnes, rencontrées dans nos rues, d’en sortir.


Car la citoyenneté, c’est avant tout veiller sur les autres, nous agissons de façon régulière chaque semaine, non pas par l’assistanat, mais par l’entraide et la solidarité.

Témoignage de maraudeur

« De toute façon, on aura Thatcher au masculin ou la nièce de Hitler, alors… »

Un citoyen des rues

Les lumières blanches de la salle éclairent les tables. Les ordinateurs sont passés sous silence. Les voix sont tièdes. La bouilloire est allumée. 18h03. L’heure danse. Les clés sont récupérées. Les thermos se caressent. Les petits doigts finissent de partager les vêtements à distribuer et remplissent les sacs de sachets de thé, café soluble ou gobelets. Nous partons.

Le froid, pour l’instant, n’agresse personne.

Nous rencontrons une première personne la tête dans une poubelle. Il la fouille. Parce qu’il espère trouver quelque chose pour panser sa faim quelques heures de plus. A notre approche, il se retourne. Il accepte volontiers le café qu’on lui propose. Il parle plusieurs fois de nos sourires qui le touchent. Il raconte un peu comment la vie de galère épuise. Après l’avoir délaissé, nous respirons profondément. L’homme avait notre âge. Il était là, la tête dans la poubelle. Il était beau. Elle était sale. Ils étaient deux. Ils étaient eux.

Le froid est encore loin.

Nous recroisons des regards familiers. Les discussions s’enracinent. Un débat s’installe. On ne se sent pas toujours légitime à parler de galère avec ceux qui la vivent. On ne se sent pas toujours légitime à parler de la vie avec ceux qu’elle saigne. Il est d’humeur bavarde. Nous aimons. Ses mots sont durs. Mais ses mots sont vrais. La grande dame des rues apparait, furtivement. Les pas nous portent plus loin. Et le titre se chante comme un au revoir. La prochaine que nous voyons est plus jeune que nous. Elle accepte le café et la discussion. On voit qu’elle n’est pas là depuis très longtemps. Ses habits sont particulièrement propres. Le regard qui transperce ses lunettes ne s’est pas autant endurci que les autres. Je parle avec un homme qui était à ses côtés et qui ne vit pas dans la rue. Ses paroles m’absorbent. Elles transpirent la raison.

Le froid se rapproche.

Nous poursuivons notre descente de la rue de la loge. Un petit groupe chante à tue-tête. Le joueur de guitare est dedans. Pour l’homme à la petite valise, nous appelons le Samu social, qui dispose de logements. Ils répondent et effacent la fin de la dernière phrase. Il faudra marcher jusqu’à la Croix Rouge. Il ne veut pas. Trop loin. Il est chargé. Et il vit dans un monde où les premiers arrivés sont les premiers servis. Et il est tard. Nous discutons un peu. Nous croisons de nouveau la dame des rues. Ses paroles nous apaisent. Chaque mot est un enseignement. La rue entière l’aborde. Elle pose et pèse ses mots. La lutte doit être menée. Parce que ce monde déshumanise. Nous partons presque. Je lui propose une seconde soupe. Elle apprécie. La proposition, et le goût.

Le froid est là.

Elle me fixe. Droit dans le cœur. La conscience en éveil, Simon. La conscience en éveil. Nous offrons un autre gobelet à un autre homme dans la même rue. Il n’est pas bien bavard. Et il est bientôt l’heure. Nous parlons quelques secondes. La comédie. La place de. Et puis tous ces gens. L’autre réalité. Celle dans laquelle nous gardons un pied, au cas où. Celle que nous rejoignons en fin de maraude. Le souffle chaud et les mains froides. L’appartement. Comme si nous n’aidions que du bout du petit orteil. De peur de toucher ce que nous approchons. Quelques heures par semaine et quelques semaines par an. Beaucoup. Rien. Un peu.

Le froid s’invite en nos corps.

Nous partons.

Simon Bosio

Comme chaque semaine, de façon citoyenne, avec nos propres moyens, nous sommes allés dans des squats que nous avons l’habitude de visiter, dans lesquels nos concitoyens survivent, et nous avons également parcouru les rues du centre ville. Nous avons pu distribuer des dons de vêtements faits par de généreux donateurs : chaussettes, couvertures chaudes, parkas, pulls.
Nous avons distribué des sandwichs, de la salade de riz, des gâteaux, du café, de la bonne soupe chaude, et nous avons bien ri, tous ensemble.
Nous avons distribué un certain nombre d’informations utiles, concernant la ville de Montpellier, certaines structures d’hébergement d’urgence.

L’équipe de Jeunesse S’engage : Lucas, Marie, Dylan, Morgane, Guilhem, Mariam, Thibault, Léna, Mathis, Damien, Anna, Camille, Julien, Fanny, Marguerite, Maxime, Anthony, Robin, Lena, Chloë, Clara, Pauline, Juliette, Maguelone, Nadège, Zélia, Fabien, Lana, Alessia, Roger, Simon

Pour les dons de vêtements, nous remercions chaleureusement Ludovic, Perrine, Séverine, Nora, Sylvie, Erwan, Mathilde, Émilie, Farid, Sandrine, Élisabeth, Dominique, Nafissa, Marie, Guillaume.

Pour les dons de produits hygiéniques, nous remercions chaleureusement tous les généreux donateurs qui, par leur contribution lors de notre collecte du 8 mars à l’occasion de la Journée internationale des droits des Femmes, témoignent d’une solidarité concrète.

Résolument, semaine après semaine nous agissons, car nous disons qu’« après la philosophie, il faut l’Action »

Pour aller plus loin :

En savoir plus

Personnes à contacter
Responsables Maraude citoyenne
Marguerite et Maxime – maraude.jeunessesengage@gmail.com – 07.69.15.03.30

La maraude citoyenne

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